Comment la santé mentale serait-elle affectée par le fait de vivre dans l'insécurité alimentaire et le manque de logement ? Les résultats de notre étude suggèrent que, parmi les demandeurs de logements sociaux, ceux qui vivent dans une insécurité alimentaire plus importante peuvent avoir une santé mentale plus fragile.
L'accessibilité au logement et l'insécurité alimentaire sont des préoccupations majeures pour les Canadiens, et ces deux questions sont étroitement liées à la santé mentale. Les personnes qui vivent dans des logements inabordables ont tendance à avoir une santé mentale plus fragile, tout comme celles qui souffrent d'insécurité alimentaire. Par exemple, des recherches montrent que l'insécurité du logement et l'insécurité alimentaire exposent les individus à un risque accru de problèmes de santé mentale tels que l'anxiété et la dépression.
Bien que l'insécurité alimentaire et l'insécurité du logement aient toutes deux une influence sur la santé mentale, ces problèmes sont traités séparément dans les politiques et les recherches. De ce fait, peu de recherches se concentrent sur ces deux problèmes. Nous avons souhaité examiner cette lacune dans les connaissances. Plus précisément, nous avons souhaité étudier l'insécurité alimentaire et la santé mentale chez les demandeurs de logements subventionnés au Nouveau-Brunswick. La liste d'attente pour les logements subventionnés au Nouveau-Brunswick a atteint plus de 11 000 ménages au cours des deux dernières années, ce qui fait que de nombreux ménages du Nouveau-Brunswick sont confrontés à une insécurité croissante en matière de logement. Dans notre étude, nous avons examiné la sécurité alimentaire, le stress mental, les symptômes dépressifs et les diagnostics de santé mentale de ces personnes inscrites sur la liste d'attente pour un logement subventionné.
Nous avons constaté que parmi les ménages inscrits sur la liste d'attente pour un logement subventionné, ceux qui vivaient dans une plus grande insécurité alimentaire souffraient davantage de stress mental. Ils présentaient également davantage de symptômes de dépression. Cependant, nous avons également constaté que ces personnes étaient moins nombreuses à avoir reçu un diagnostic de trouble de santé mentale. Ainsi, les personnes qui vivaient dans une plus grande insécurité alimentaire présentaient davantage de symptômes, mais aussi des taux de diagnostics formels plus faibles. Au premier abord, ces résultats semblaient contradictoires, mais les diagnostics nécessitent d'avoir accès à des soins de santé mentale. Ce phénomène pourrait donc refléter un accès limité aux soins de santé mentale dans cette population.
Notre étude apporte un nouvel éclairage sur l'insécurité alimentaire, l'insécurité du logement et la santé mentale. Les résultats nous indiquent que les personnes inscrites sur la liste d'attente pour un logement subventionné au Nouveau-Brunswick ont besoin de plus de soutien pour faire face à leurs problèmes de santé mentale et accéder à un logement de qualité. Nous espérons que ces résultats seront utilisés par les décideurs politiques, les organisations communautaires et d'autres professionnels. L'article universitaire consacré à cette étude, intitulé « Mental Health and Food Insecurity Among Adult Applicants for Subsidized Housing » (Santé mentale et insécurité alimentaire chez les adultes demandeurs d'un logement subventionné), est disponible ici.
Par Allyson Lamont
Allyson (elle) est doctorante en psychologie clinique à l'UNB. Elle a obtenu une baccalauréat en sciences en biologie-psychologie (avec distinction en psychologie) à l'UNB Saint John en 2021 et une maîtrise en psychologie en 2022. Ses recherches portent sur les déterminants sociaux de la santé mentale et elle s'intéresse particulièrement à l'étude du lien entre l'insécurité alimentaire et la santé mentale ainsi que le recours aux services de santé mentale.